Inspirations | Une économie sociale, solidaire et écologique

La coopérative, un modèle d’entreprise durable et militant

6 min
13.12.2021

Les sociétés coopératives (Scops) sont plus de 3600 en France, dans tous les secteurs économiques, du bâtiment aux services, de la start-up au groupe de plus de 1000 collaborateurs, telle que le groupe Up. Découvrez comment ces structures de l’Economie Sociale et Solidaire mettent concrètement l’humain au cœur de leur gouvernance et projet d’entreprise, au travers de l’exemple de Toutenvélo, réseau de Scop spécialisé dans le transport logistique à vélo.

Développer des solutions innovantes de cyclologistique dans les grandes villes, tel est le défi que relève Toutenvélo, lauréat national du Prix ESS dans la catégorie Transition Ecologique, à l’issue du mois de l’Economie Sociale & Solidaire (dont le groupe Up est partenaire). Un projet impactant pour la préservation de l’environnement : 100 tonnes de C0² ont été évitées en 2020 grâce aux livreurs Toutenvélo parcourant chacun environ 8000 km par an.

Interview d’Olivier GIRAULT, Directeur et Responsable Réseau de la coopérative Tout en vélo.

Parlez-nous des coopératives Toutenvélo.

Toutenvélo est aujourd’hui un réseau de huit Scop (Sociétés coopératives et participatives) implantées à Caen, Dijon, Grenoble, La Rochelle, La Havre, Marseille, Rennes et Rouen et toutes membres d’une Scic (société coopérative d’intérêt collectif). Notre activité principale est la cyclologistique. Nos clients sont des logisticiens nationaux et internationaux comme DHL, Chronopost etc. Nous nous chargeons de ce qu’on appelle l’opération du dernier kilomètre : acheminer le colis au destinataire final.

    L’idée est née en 2009 dans les esprits de deux autoentrepreneurs, Jérôme RAVARD et Antoine SMATI qui ont lancé une activité de coursiers à vélo. C’était un choix militant. Le vélo demande peu de matières premières à la fabrication et émet très peu de CO2 à l’usage, même en comptant les batteries électriques. Aujourd’hui, on constate que ce choix répond à énormément d’enjeux de nos centre villes urbains : minorer l’impact climatique, la pollution sonore, et apaiser les hypercentres. Les Scop Toutenvélo comptent une cinquantaine de salariés.

      Pourquoi ce choix de s’organiser en coopératives ?

      Les fondateurs se sont organisés en Scop dès 2012 pour répondre à leurs besoins de développement. Jérôme RAVARD avait étudié le développement durable et le modèle coopératif l’intéressait beaucoup. Les salariés recrutés peuvent tous devenir sociétaires et les décisions se prennent collectivement, selon le principe une personne, une voix. Il s’avère que c’est très pertinent dans nos métiers. Cela favorise l’engagement à long terme des salariés alors qu’aujourd’hui, le gros souci dans le monde du transport, c’est de recruter. Or nous ne recrutons pas des livreurs mais des coopérateurs. Les conditions de travail sont réfléchies dans un dialogue social permanent. Cela améliore grandement la qualité de vie au travail. Et celle du service !

        Le choix de la Scop se ressent aussi sur le modèle de rémunération. La part attribuée au travail, dans la répartition des bénéfices, est plus importante que celle destinée aux dividendes. C’est un principe fondateur des Scop. Nous allons même au-delà : ainsi, à Rennes 16% des bénéfices vont au renforcement de la trésorerie et 84% en part travail. Nous estimons que ce n’est pas le capital qui fait la valeur de l’entreprise.

          En 2021 est née la Scic Toutenvélo. Quelle est sa fonction ?

          Une Scic (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) fonctionne sur les mêmes principes qu’une Scop, à cette différence près qu’elle peut rassembler des personnes morales comme des entreprises, des associations. La Scic Toutenvélo rassemble les huit Scop qui existent aujourd’hui.

            Nous l’avons créée pour répondre à des besoins de gouvernance décentralisée. L’objectif est de partager au sein d’une structure transversale. Le principe de gouvernance reste le même : c’est très important pour nous. Toutes les Scop sont indépendantes, financièrement et dans leur développement. Les entrepreneurs développent leur solution dans leur ville et on organise la coopération. L’idée n’est pas de faire une grosse machine qui risque de plonger au premier grain de sable : pour nous, la Scic est un modèle économique résilient.

              La Scic Toutenvélo coordonne et anime la vie coopérative entre toutes les Scop : partage de savoir-faire, fabrication de nos propres outils de travail, des remorques de vélo. Elle est un peu la boite à outil des Scop !

                Au départ, choisir le vélo était un acte militant, mais le plus important pour nous était d’entreprendre autrement. Nous souhaitons faire du vélo un vecteur de transformation sociétale. Cela passe aussi par notre organisation : on n’entreprend pas pour maximiser des bénéfices et revendre après. Nous créons des sociétés ancrées dans le territoire et qui peuvent perdurer au-delà des personnes qui en font partie.

              LE SAVIEZ-VOUS ?

              On associe souvent le terme de coopérative à la reprise d’entreprises en difficulté. Pourtant, moins de 10% des Scop françaises sont issues de redémarrages d’entreprises, selon la confédération générale des Scop. Les 90% restants sont des créations d’entreprises, ou des entreprises et associations transformées en Scop.

                Le modèle des Scop est solide économiquement : sept sur dix sont toujours actives cinq ans après leur création, contre six entreprises « classiques » sur dix. En 2020 la France comptait 3611 Scop et Scic pour 67 200 emplois : c’est 30% de plus qu’il y a cinq ans. Ce modèle prouve qu’il résiste bien aux crises économiques. En 2020, 203 nouvelles coopératives ont créé et généré 1 400 emplois » Leur nombre augmente en moyenne de 5% par an. Certaines start-ups choisissent aussi le statut de Scop, quel que soit leur domaine d’activité.

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