Inspirations | Un meilleur équilibre de vie

Les aidants représentent aujourd’hui un salarié sur six. Dans dix ans, ce sera un sur quatre

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08.09.2021

Hélène Rossinot, médecin et auteure du livre Aidants, ces invisibles (Ed. Observatoire, 2019), a rencontré quelques-uns des onze millions d’aidants familiaux français et livre des pistes pour mieux les soutenir, alors que leur nombre ne va faire qu’augmenter avec le vieillissement de la population

Selon une enquête Ipsos de 2020, la France compterait 11 millions d’aidants. Qui sont-ils ?

Ce que j’ai pu voir en rencontrant des aidants pour écrire ce livre, c’est qu’il n’y a pas de profil type de l’aidant. Les histoires sont tellement différentes selon les relations familiales, le caractère de chaque individu, l’endroit où l’on vit… On ne peut pas les comparer. C’est d’ailleurs ce qui rend le sujet assez compliqué. L’un des points communs c’est qu’au départ peu se vivent comme aidants familiaux. Le terme, même si on l’emploie depuis quelques années, a du mal à s’imposer. C’est difficile aussi, de sortir de la petite « rengaine » qui consiste à dire : « ce que je fais est normal, car c’est mon père/ma mère/mon enfant » et de prendre du recul. Or, devenir quasiment un professionnel de santé, faire des toilettes, aider à se lever, à déplacer une personne adulte : on n’est plus dans une simple relation intrafamiliale. On est passé dans la réalisation d’acte pour lesquels des professionnels sont formés et payés. Mais c’est très difficile de le réaliser car on est pris dans l’engrenage. Enfin, les aidants sont surtout des aidantes : à 58 %, ce sont les femmes qui assument ce rôle.

    Quelles sont leurs principales difficultés ?

    En France, 62 % des aidants sont salariés. 79 % témoignent des difficultés à concilier vie professionnelle et rôle d’aidant et 72 % estiment que ce rôle a des répercussions négatives sur leur capacité de concentration et leur efficacité. Ils ont besoin de soutien au quotidien. Les difficultés qu’ils expriment le plus souvent sont le manque de temps, les démarches administratives et la fatigue physique. Il ne faut pas oublier non plus le coût psychologique et physique d’être aidant familial. Leurs problèmes de santé sont fréquents : dépression, troubles anxieux, problèmes de dos… Les arrêts de travail pour burn-out aussi.

      Comment les employeurs peuvent-ils soutenir les aidants ?

      Aujourd’hui les aidants représentent un salarié sur six en France. Dans dix ans, avec le vieillissement de la population, ce sera un sur quatre… Il faut les aider, d’une part parce que l’impact de leur rôle d’aidant se répercute aussi sur l’employeur, avec un taux d’absentéisme plus élevé, le passage du temps plein au temps partiel, les arrêts maladie… Rien que sur un plan économique – et c’est difficile pour moi, qui suis médecin, de raisonner uniquement sur ce niveau- les problèmes de santé des aidants coûtent cher. Mais ce qui coûte cher, ce n’est pas les aidants, c’est le fait de ne pas s’occuper d’eux ! Ils ont besoin aujourd’hui qu’on les aide au quotidien, que l’équilibre travail/ famille se passe mieux. Mettre à disposition du répit avec le congé proche aidant, leur assurer du soutien pour financer des aides à domiciles, assouplir leur emploi du temps avec le télétravail, former l’encadrement à leurs problématiques… Il est primordial de sensibiliser l’ensemble des acteurs de l’entreprise à la question des aidants. Les entreprises peuvent aussi favoriser le développement d’un réseau de soutien en interne, avec d’anciens aidants volontaires, par exemple. Elles s’inscriraient alors dans un « parcours de l’aidant » qui manque cruellement en France.

    Bon à savoir

    Depuis 2016, le Prix Entreprise & Salariés Aidants récompense chaque année les meilleures initiatives des organisations en faveur de leurs collaborateurs aidants familiaux ou « proches aidants ».

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