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6 min
08.09.2022

Au quotidien et en entreprise, l’urgence du « slow »

Le mouvement du « slow », qui prône la durabilité, est né dans la restauration et se décline dans la vie quotidienne, l’urbanisme et en entreprise.

Il est une réponse nécessaire aux enjeux actuels, environnementaux, économiques et à la quête de sens générale.

D’où vient le mouvement « slow » ?

Le slow ne date pas d’hier. Il est né en 1989, en Italie, en réaction à l’installation de nombreux fast-foods à Rome. Le journaliste, sociologue et critique gastronomique Carlo Petrini a rédigé un manifeste pour la slow-food (en opposition au fast). Pour lui, il était urgent de revenir à une gastronomie fondée sur trois piliers : le bon, le propre, et le juste. Le bon implique de choisir des méthodes de production qui n’altèrent pas la qualité des aliments, et donc les fournisseurs. Le « propre » désigne le respect de l’écosystème et de la biodiversité dans la production alimentaire. Enfin, le juste recouvre de bonnes conditions de travail, la solidarité avec les producteurs, le respect des différences culturelles…

Au fil des années, le mouvement slow a gagné d’autres domaines : le slow life, les slow cities et même le slow sex… Tous ont ce point commun : le slow implique de rechercher la durabilité, d’avoir une vision à long terme et de donner du sens à ses actions, après des décennies d’industrialisation, de recherche de croissance sans limites, et d’injonction à la vitesse et au « multitasking ».

Que signifie le « slow » ?

« Ce terme induit souvent en erreur, car le slow ne signifie pas la lenteur, ni de ralentir juste pour ralentir, explique Heidi Vincent, conseillère marketing et co-auteure de l’ouvrage Osez le slow en entreprise ! Les clés du design et du marketing pour un modèle durable. Ce n’est pas le cas.  D’ailleurs, le manifeste de Carlo Petrini ne mentionne pas une seule fois la lenteur. »  Le slow est bien davantage une incitation à réfléchir à la finalité de ses actions, et à avoir conscience de leur impact.

Dans son essai Eloge de la lenteur, le journaliste canadien Carl Honoré précise ainsi : « C’est la qualité plutôt que la quantité. C’est faire les choses en conscience, en étant dans le moment présent. À long terme, il s’agit de faire chaque chose aussi bien que possible, plutôt qu’aussi vite que possible ». Il ajoute que cela implique qu’il « y a bien des moments où l’on peut être rapide et occupé – mais d’autres où il est payant d’appuyer sur le frein et de ralentir ».

Comment décliner le « slow » en entreprise ?

Pour les auteurs d’Oser le slow en entreprise, les trois piliers pour engager une démarche slow sont l’approche durable, la conscience de son impact et la démarche collaborative. Heidi Vincent et Keyne Dupont le détaillent dans le podcast réalisé pour le groupe Up, à écouter ici.

Réfléchir aux impacts de l’entreprise permet de la transformer en vue de produire de nouvelles sources de valeur pour l’ensemble des parties prenantes : clients, fournisseurs, distributeurs, territoires… Cette transformation est une nécessité à l’heure où le changement climatique et les pénuries alimentaires et énergétiques montrent les limites de notre modèle de société, et où les travailleurs attendent d’une entreprise plus qu’un salaire : du sens.

Les trois auteurs d’Oser le slow en entreprise ont rencontré plusieurs représentants d’entreprises de toute taille engagés depuis longtemps dans une démarche slow. Pour eux, c’est tout sauf un effet de mode. « Les personnes que nous avons interrogées pour ce livre n’ont pas décidé du jour au lendemain de « passer au slow », détaille Heidi Vincent. « Pour beaucoup, c’était déjà un état d’esprit. Ce sont des personnes d’une grande humilité face à l’avenir et à leurs concurrents. Ils sont dans une remise en cause constante, et d’une grande indépendance d’esprit. Ainsi, ils ne cèdent pas aux tendances comme le metavers juste parce que c’est la mode, si elles ne font pas sens pour eux. L’important pour eux est la durabilité ». Et de souligner malicieusement que ce sont des entreprises très engagées dans la RSE, depuis longtemps « et pas uniquement l’afficher sur LinkedIn ».

Comment décliner le « slow » dans son quotidien ?

La slow life ne signifie pas de vive au ralenti, mais bien avoir un but, une finalité, quand on se lève le matin. « Et si ce sens ne vient pas de vous, il faudrait qu’il soit donné par la société, ou par l’entreprise… » ajoute Heidi Vincent. Elle déplore que beaucoup de jeunes ne trouvent plus de sens à ce qu’ils font puisqu’ils ont grandi avec l’idée que notre monde court à sa perte.

La slow life implique aussi de respecter notre lien à la nature, le rythme des saisons mais aussi nos propres rythmes biologiques. Cela peut paraître complexe à l’heure de l’hyperconnection, dans des journées ponctuées par les notifications permanentes. Faut-il alors se débarrasser de la technologie pour vivre slow ? Pour Carl Honoré, la réponse est non :  « La pierre angulaire de la slow life est de construire une relation plus équilibrée, plus saine, plus heureuse et plus humaine avec la technologie ». L’auteur dénonce ainsi la fameuse « fomo » (fear of missing out, peur de manquer quelque chose, qui incite à rester connecté) et recommande, plutôt que d’essayer de tout faire, de se concentrer sur les taches qui ont du sens. Prioriser, savoir dire non, prendre le temps de se poser et de réfléchir avant d’agir. « En somme, le slow, c’est revenir à un certain bon sens, tout simplement », ajoute Heidi Vincent.

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